Préambule à l'Histoire des SADOUL

Si nous avons à ce jour (30 Mars 1980) quelques clartés sur nos ancêtres, nous le devons à Charles SADOUL (Raon l' Étape 1872- Nancy 1930) qui a eu le mérite fondamental de rassembler les documents essentiels (actes de l'état civil, pièces notariées, correspondance).

Ses multiples activités et sa fin prématurée l'ont empêché de les utiliser avec le talent et la personnalité qui le caractérisaient. C'est son frère, Louis, (Raon l'Étape 1870- Nancy 1937) qui s'est chargé de dépouiller ces archives, travail de longue haleine, méritoire et point toujours facile. Il en a tiré un résumé de 92 pages dactylographiées concernant les 4 premières générations qui s'échelonnent avec certaines lignes collatérales de 1719 à 1845.

Au cours de l'été 1951, Georges (Nancy 1904- Paris 1967) reprit le dossier avec la méthode et l'expérience de l'historien. Il renouvela certains aspects et, en 1979, le Doyen Georges LIVET de la Faculté des Lettres de Strasbourg, Mr et Mme Théodore LANG Bibliothécaires retraités de la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg ainsi que Mr. J.L. VONAU Président du Cercle d'Histoire de l'Alsace du Nord, apportèrent sur plusieurs points des précisions importantes...

Un demi siècle s'est écoulé depuis la première rédaction; il semble nécessaire de songer à une seconde édition. Le Temps qui change les perspectives et la personnalité de l'auteur ne sont pas sans influence sur l'interprétation du passé... Nous ne pouvons en donner meilleure preuve que les trois jugements suivants portés sur leur ancêtre Jean Louis Martin SADOUL (Strasbourg 1762 Wissembourg 1845) par trois de ses arrières petits enfants :

"Il mourut en retraité à Wissembourg en 1845 ne laissant aucune fortune. C'était parait-il, un homme assez imprévoyant et qui laissa une réputation de gastronome émérite. Au moins, en ce qui concerne mon grand-père, les devoirs de la paternité ne le gênaient pas car ce dernier fut élevé par ses oncles Noël et Spitz".
Dr. Louis SADOUL ( Wœrth 1860 -Toulouse 1912)

"... Ah, mes enfants, il nous faudrait aller à Sélestat..
-Eh pourquoi donc, Tante Marie ..
-Pour aller voir une maison, celle de l'arrière grand-père...
-Qu'a-t-elle de particulier ?

-Sa cheminée, c'est par là que toute la fortune des SADOUL s'est envolée..."
Marie SEROT née SADOUL (Wœrth 1863- Molsheim 1952)

"Je crois qu'on peut hardiment dire: Le Président SADOUL fut un fort brave homme »
Président Louis Sadoul ( Raon L’ Étape- Nancy 1937)

T enter de faire revivre ceux qui nous ont précédés est une entreprise délicate, comme on le voit. Nul doute que nos descendants n'aient à leur tour des réactions fort différentes lorsqu'ils se livreront à la même tâche..

Au reste, pour conclure ce préambule, n'est-il pas bon de citer cette définition quelque peu désabusée de RENAN: '.L' Histoire, petite science conjecturale..."

Généralités

Avant d'aborder la présentation de nos ancêtres: FULCRAN, CLAUDE, JEAN BAPTISTE et JEAN LOUIS MARTIN, il est bon que je précise un certain nombre de points :

Je n'ai, ni le goût, ni l'expérience du maniement des dossiers historiques j'ai donc fait confiance au travail du Président SADOUL (1870-1937) et à celui de son neveu, Georges SADOUL (1904-1967) rompu aux méthodes de cette discipline dont fait preuve sa monumentale Histoire du Cinéma.

Il va sans dire que je garde la liberté d'apprécier les faits et leur enchaînement. De plus, j'ai bénéficié de l'expérience fort précieuse de différents spécialistes qui ont éclairé certains aspects demeurés obscurs jusqu'en 1979. Le moment venu, je préciserai ces références.

En ce qui concerne notre nom et l'origine géographique de notre famille, voici ce que nous savons :

Si l'on se rapporte aux définitions données par Frédéric MISTRAL dictionnaire Provençal-français et à celui d'Albert DAUZAT: "Les noms de France" tous deux sont unanimes: il s'agit bien d'un patronyme ou nom de famille méridional. J'ai longtemps habité le Lot, pays dont le patois relève de langue d’oc, le sens propre de SADOUL est "pris de vin, saoul " ; il y a aussi un sens figuré, naturellement moins brutal, plus plaisant « qui est bien pourvu » mais le premier de loin le plus usité.

Nous sommes d'origine méridionale, ce que confirment notre nom et certains aspects du caractère qui survivent après 3 siècles de séjour dans l.'Est . Mais nous en sommes réduits aux conjectures sur la région: est-ce le Sud-ouest, le Languedoc ou la Provence ? Nul fait jusqu’ici ne le prouve.

Les familles bourgeoises s'attribuaient assez facilement au XVIIIème Siècle des armes. Je possède un cachet visiblement ancien, légué par les générations qui m’ont précédé; il a des armes semblables à celle d'un parchemin au nom d’un Pierre SADOUL, avocat à Castelnau-Montratier (Lot), dont mon père, le Dr. Louis SADOUL (1860-1912), avait obtenu la reproduction d'un généalogiste C'est le seul point commun que nous ayons avec ce Pierre SADOUL dont nous ne savons rien par ailleurs.

Le Président SADOUL signale à la page 3 de son Histoire des SADOUL: " : M. PARIS -La Table du d’Hozier indique un SADOUL dans cet armorial -Registre Toulouse Montpellier nu 1013 et un SADOUL -Registre de la Rochelle n° 379, mais il ne donne nul renseignemen sur la nature de ces armoiries. Étaient-elles semblables ?

L’aventure vécue par Paul SADOUL (né à Tours en 1918 et Professeur à la Faculté de Médecine de Nancy) est intéressante, elle avait suscité des espoirs, allait on enfin connaître cette origine géographique ? Alors qu'en 1940, il était mobilisé à Beyrouth, un de ses camarades, Gilbert MANEN, futur Pasteur, lui apprend que sa mère née Sadoul descendait d’un marchand de drap, Joseph SADOUL, natif de St-martin de Corconac, commune de l’Estrechure, sur les pentes Nord-est de l'Aigoual dans le Gard. Ce protestant avait 2 fils et voyant les menaces pesant sur ses coreligionnaires, vendis sa maison en 1673, donc bien avant la révocation de l'Édit de Nantes, pour s'établir marchand de drap à Strasbourg. Or, détail curieux, les armes de cette famille SADOUL sont identiques aux nôtres (Paul Sadoul conteste cette version)

Il fut convenu qu’à la fin de la guerre, une tante de Gilbert Mannen , habitant Versailles et détenant les papiers de la famille, serait dûment interrogée, Hélas dans un bombardement s’envolèrent tous ses espoirs.

Ce qui reste n’est pas négligeable, c'est le fait que les MANEN, qu'ils nous soient totalement étrangers ou non, sont protestants. Une solide tradition, mais uniquement orale et que rien ne vient appuyer, veut que nous soyons d’origine protestante. Pour la génération qui nous a précédés, que ce soit en Alsace, en Lorraine ou parmi les descendants des branches collatérales nul doute à cet égard.

La postérité de Paule SADOUL (Strasbourg 1768-Strasbourg 1824) l'une des filles de Jean-Baptiste (Strasbourg 1732-Strasbourg 1798) qui avait épousé le 21 Avril 1791 le Médecin militaire Pierre COZE, plus tard Doyen de la Faculté de Médecine de Strasbourg, comptait au début du XXème Siècle deux magistrats célibataires, M.M FURST et TROMBERT : ces derniers avaient également la même conviction.

Telle est la réalité aussi tenace que dénuée de preuve. Le Président SADOUL ajoute qu'à cette tradition s'en ajoute une autre concernant l'origine géographique : les SADOUL auraient habité Nîmes, cependant l'archiviste de cette ville lui avait écrit qu'il n'y avait pas de SADOUL parmi les familles protestantes de Nîmes... Là aussi c'est la nuit.

Par contre, nous avons pu éclaircir les définitions latines concernant les fonctions de nos deux premiers ancêtres FULCRAN et CLAUDE, et peut être le terme "de parisiensis". C'est grâce à Madame T. LANG, Bibliothécaire retraitée de la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg que nous sommes maintenant sûrs qu'ils sont l'un et l'autre, fonctionnaires royaux, dépendant de l'Intendant d'Alsace.

FULCRAN était Garde des Magasins du Roi (denrées alimentaires, fourrages, peut être pour les besoins de l'Armée) et Garde des effets du Roi, c'est-à-dire des biens saisis dans un but fiscal.

De plus, le Doyen Georges LIVET nous a précisé que l'Intendant, personnage tout puissant, "Le Roi présent en la province" avait coutume d'arriver à son poste avec son équipe au complet, il semble qu'il devait la recruter soit à Paris, soit à Versailles. Nous savons en outre que le patron de FULCRAN, N.P. d'ANGEVILLIERS, avait été de 1705 à 1715 Intendant du Dauphiné et les Archives départementales de l'Isère nous ont confirmé qu'au cours de cette période il n’y a  nulle trace de FULCRAN en Dauphiné. On peut donc penser qu'il serait arrivé avec d'ANGEVILLIERS aux environs de 1715 et l'expression de parisiensis s'explique. Si cette hypothèse est vraisemblable, rien ne prouve jusqu'à maintenant qu'elle soit certaine.

Le Président SADOUL regrette que le dossier soit surtout composé de pièces d'état civil ou officielles, qui ne permettent guère de se faire une idée du caractère et de la personnalité de nos premiers ancêtres. Il déplore justement l'absence de correspondance qui pourrait nous éclairer plus valablement. Il a certes raison mais quelle impudence de reprocher à nos quatre premiers ancêtres leur imprévoyance, les jugements collectifs ont bien des chances d'être inexacts caractères et circonstances sont souvent fort différents; les évènements vécus par Jean Baptiste (Strasbourg 1732-1798) et son fils Jean Louis MARTIN (Strasbourg 1762-Wissembourg 1845) n'ont rien de commun avec la période qu'ont connue FULCRAN et CLAUDE de 1718 à 1767 et bien que nos renseignements soient moins nombreux que nous pourrions le souhaiter il est fort instructif de les voir réagir. Si l'un d'eux mérite le reproche d'imprévoyance c'est justement celui que le Président SADOUL exempte de ce défaut !...

 C’est en étudiant ce que les documents nous apprennent que nous pourrons au fil du récit mieux cerner les  traits distinctifs de nos ancêtres.

Parmi les généralités nécessaires à la clarté du récit je précise que je me conformerai dans ses grandes lignes au plan suivi par le Président SADOUL (1870-1937) : il consacre un chapitre distinct à chacun des 4 ascendants cités plus haut et ensuite aux branches collatérales. Il y a  lieu de souligner que les branches collatérales entre 1718 et 1811, date de naissance de Victor SADOUL (Spire 1811 Raon L’ Étape 1891), dernier fils de Jean Louis MARTIN, ne semblent pas avoir eu de postérité masculine prolongée ce qui, à première vue, paraît étonnant lorsqu'on sait que Claude SADOUL a eu 19 enfants et son fils Jean Baptiste 16. Mais rappelons qu’au  XVIIIème siècle la mortalité infantile était très élevée.

Voici comment s’articule l’histoire des SADOUL entre 1718-1845 :

Ce qui représente 9 chapitres

                                     JEAN BAPTISTE SADOUL

                                       Par Jean Sadoul en 1980

le 30janvier 1732 à Strasbourg

 

En 1742 il provoque un incident à la table familiale:il se tient les bras en croix et pour justifier sa position dit à son

père ,:~~:c'est ainsi que le Christ est mort","et flagellé" répli­que son père Claude en lui allongeant deux soufflets.

Entre 1749 et 1752,de 17 à 20 ans il est étudiant en philo­sophie et en droit à l'université de Strasbourg.

En 1753 il est premier Secrétaire à l'ambassade de France à Varsovie.

Il appartient à la diplomatie:secrète de Louis XV appelée le secret du Roi, et dirigée par le comte de Broglie. Sous le titre

"un descendant de BROGLIE ",un livre très intéressant sur ce sujet a été publié par un membre de cette famille.

Au ministère des affaires étrangères on trouve trace de Jean Baptiste Sadoul dans une lettre chiffrée du 18 décembre 1756 envoyée par monsieur Durand, ambassadeur de France en Pologne de 1754 à 1756 : "monsieur Sadoul est arrivé le 15. Il a eu beaucoup à souffrir de sa route, ce qu' i:t:: est bon que monsieur de l'Hôpital n'ignore pas pour éviter de s"en gager dans les montagnes de Hongrie. " Le président Sadoul suppose qu'il s'agit des Carpates...à moins que ce ne soit le nord de la chaîne des Alpes.

ffi comte de Broglie succéda à monsieur Durand en 1756.L'actuel comte de Broglie a des archives personnelles sur "le secret du Roi Il se pourrait qu'on y trouve des renseignements sur J.B. Sadoul. Charles Sadoul avait commencé à se mettre en rapport avec un duc d Broglie par l'intermédiaire du comte d'Alsace, sénateur des Vosges Il a abandonné ces recherches.

En 1757 ,âgé de 25 ans, Louis XV lui demande de rejoindre le comte de Broglie comme aide de camp. ll participe aux premières batailles de la malheureuse guerre de 7 ans. Il obtient un brevet de  cornette en 1758 dans le régiment des carabiniers de Monsieur, corps aristocratique, dans la brigade de Saint André .Il a,26 ans.

L'armée française, commandée par le comte de Clermont fut battue à Crefeld :les carabiniers chargèrent. Leur chef le comte de Gisors fut tué ainsi que 13 officiers,43 autres furent blessés.

Le régiment des carabiniers avait une organisation particulière . Chacune de ses cinq brigades comprenant deux escadrons, était commandée par un officier général.

Créé le I° novembre 1693 le régiment des carabiniers avait été commandé jusqu'au 10 octobre 1755 par le duc de Dombres, fils du duc du Maine, petit fils de L ouis XIV et de madame de Montespan. Le 13 mars 1758 Louis XV nomma maistre de camp des carabiniers son propre petit fils, le comte de Provence, futur Charles X ,alors âgé d'un an .

Jean Baptiste Sadoul cantonne pendant l'hiver à Francfort sur le Main. ll y fait la connaissance de Marie Thérèse Paule Brentano, fille d'une opulente famille de banquiers originaires de la région de Côme .il l'épouse le 23 janvier 1759.Il n'a pas encore 27 ans. La mariée ,née le 15 octobre 1728 avait 31 ans et lui donna 16 enfants dont huit vivaient en1792.

Il décide de s'établir honnêtement et solidement.l1 quitte l'armée et s'installe à Strasbourg.

 

 

Le voilà à 28 ans en 1760 ,juge de la Connétablie et directeur du bureau contentieux et forestier de l' Intendance d'Alsace.

        En 1765 et 1766 ,à l'âge de 33 et 34 ans il est élu comme son père , Claude, Sénateur au grand sénat de Strasbourg ,par la tribu des Fribourgeois. ll est secrétaire de l'Intendance d'Alsace et assesseur de la Maréchaussée.

C'est en 1768 ,à 36 ans ,qu'il achète l'office de Juge dans les bailliages de Seltz, Hagenbach et Guttemberg, appartenant au duc de Deux-Ponts. ll les paya 49.500 livres. Comme il a été dit plus haut ,l'Alsace était divisée en un très grand:: nombre de souverainetés diverses qui durèrent jusqu'au début de la révolution.

 

En 1770 la subdélégation de 'l'Alsace à Wissembourg s'ajoute à ses activités et il s'installe dans cette ville.

Jean Baptiste Sadoul est riche ,très riche même. Jusqu'en 1789,avec

ses offices il jouit d'un revenu de 12.000 livres auxquelles s'ajoutent les intérêts que lui apportent la dot de sa femme, c'est à dire 7.500 livres. ll faudrait encore ajouter 2.000 livres qu'il persista à recevoir

de la cassette royale pour ses services en Pologne.                                                            .

C'est peut être en 1768 que Louis XV fit proposer .à Jean Baptiste 2 missions secrètes en Angleterre, l'une pour retirer des mains du che­valier d'Éon une correspondance compromettante, l'autre pour faire taire un auteur de libelles qui salissaient la Du Barry. .D'après les papiers laissés par Jean Baptiste il les a refusées et il semble que ce soit Beaumarchais qui l'ait remplacé.1l déclare avec modestie que ce dernier s'en est tiré beaucoup mieux que lui n'aurait pu le faire. Mais il précise aussitôt que son refus l'avait privé de la rente annuelle payée sur la cassette personnelle de son souverain... et de sa protection. cette dernière assertion n'est nullement confirmée parles faits:

18 ans plus tard, le 27 septembre 1786 ,sa femme meurt à Wissembourg . Jean Baptiste avait 54. ans .

Deux ans plus tard ,le 23 octobre 1788 il se remarie à Sélestat avec Antoinette, Claire ,Françoise Mourch, âgée de 29 ans. Le père de la 2° madame Sadoul était ancien médecin du roi et chirurgien major à Sélestat. Au terme du contrat de mariage reçu par le notaire Rumpler chacun des époux conservera ses biens propres dont l'inventaire sera fait. Les apports ne sont pas indiqués.

Aussitôt après la mort de sa première femme ,Jean Baptiste avait résolu de céder sa charge de ~rand Bailli à son fils ,Jean Louis Martin.

(Louis de son prénom habituel).Les 13 décembre 1786 et 4 janvier 1787 le comte Palatin du Rhin et son frère le prince Palatin de Deux-Ponts  confirment cette transmission avec charges, avantages et prérogatives. Le 8 février 1787 la cour souveraine d'Alsace entérine la nomination du nouveau bailli, Jean Louis Martin Sadoul.

Voilà donc à la veille de la révolution Jean Baptiste terminant une carrière brillante:ses fonctions lui permettaient d'accéder à la noblesse de robe;sa personnalité déborde 'largement le cadre local;il jouit d'une très large aisance, bref il est le type même du privilégié.

En transmettant la plus importante de ses charges à son fils il en fait ,comme lui un privilégié.

En 1788 il se retire avec sa seconde femme à Sélestat.

Un an ,à peine s'écoule :une première loi, celle du 3 novembre 1789 ,arrête l'activité des anciens corps judiciaires. Une deuxième celle du 16 août 1790,les supprime et décide que les magistrats seront élus par le peuple et installés au nom de la nation.

En 1790 il rendit compte à ses enfants, dont plusieurs étaient encore mineurs, de la succession de leur mère. Les biens de cette der­nière étaient déjà entamés Par délicatesse, dit il, en décembre 1790 il abandonne toute la fortune à ses enfants qui, en reconnaissance, s'engagent à lui" verser une pension modique mais suffisante. Mais la chute des assignats ne tarde pas à l'anéantir ainsi que l'indemnité touchée lors de la suppression de ses charges. Le voilà ,comme son père ,Claude, ruiné. Mais lui ,ce sont des évènements considérables qui le dépassent et menacent sa vie et sa liberté ,qui en sont la cause. Un ancien vicaire général défroqué du cardinal de Rohan, Euloge Schneider le poursuit. Jean Baptiste ,tel Diogène va vivre le jour dans un tonneau, enfoui sous des fagots dont il ne sort que la nuit Il I C'est la sœur cadette de sa belle file Marianne(1768-184 qui lui apportait sa nourriture avec les précautions que l'on imagine Marguerite Françoise Spitz était née le 13 novembre 1771 à Epfig(?)

Elle épousera le docteur Noël qui devint doyen de la faculté de médecine de Strasbourg ou il mourut le 29 juin 1809.Elle même ne mourut que le II mai 1860 âgée de 89 ans. Elle avait une personnalité aussi originale que généreuse. Elle manifesta une affection particulière pour son neveu Victor Sadoul(1811-1891) ,le dernier fils de Jean Louis Martin, auteur de la branche lorraine. Elle lui raconta un jour qu'un voisin de diligence lui avait pincé le mollet, et le neveu de répondre :’il devait faire bien nuit ma tante’ .Les miniatures qu'elle a laissées ne contredisent pas ce jugement

Des amis finiront par faire savoir à Jean Baptiste que son en­nemi Euloge Schneider a cessé d'être dangereux. Robespierre l'a con­voqué à Paris pour lui faire rendre compte de ses exactions et l'a guillotiné. De toutes façons cet évènement capital de la vie de Jean Baptiste a probablement précédé la fin du dictateur qui eut liel le27 juillet 1794 ,sans que nous possédions d'autres précisions.

Pour le rassurer des amis lui envoyèrent deux gendarmes lui annonce la mort de Robespierre. Dans sa joie ,Marguerite Françoise Spitz dont la sévère économie sera bien connue de toute la famille n'hésite pas a généreusement doter chacun des émissaires d'une bonne bouteille.

Cet épisode a été notée dans les mémoires du docteur Louis Sadoul, à la suite d'une tradition familiale.

Nous ignorons à quelle date Jean Baptiste adressa à la Convention une supplique courte mais pathétique et fort habile.1l commence en disant :!I du pain, du pain pour un père de famille qui a eu 18 enfants et à qui il en reste 8.Du pain pour un citoyen qui, depuis 40 ans , sert sa Patrie !I Puis il résume sa vie passée et sollicite un emploi

qu'il justifie grâce à l'expérience qu'il a acquise' au cours d'une existence consacrée au service de la nation Il expose que la suppression de sa charge, la perte sur les assignats ,l'ont mis dans la plus grande détresse et qu'il est au moment d'être poursuivi et peut être emprisonné par ses créanciers .(La prison pour dettes civiles existait toujours) Il a fait ,continue t’il ces sacrifices sans murmurer. Il avait appris que les révolutions ne se faisaient point avec du sucre. Constamment attaché à sa Patrie ,il n'a écouté que la loi Il lui a obéi et là ou elle manquait son patriotisme lui a servi de guide .Il l'a empêché d'errer. Ces services ,ces sacrifices les moyens qui lui restent ,peuvent être utiles à sa Patrie;doivent lui assurer du pain et il veut le mériter par son application, son zèle et son travail. Jean Baptiste conclut en demandant à être nommé commissaire des guerres ou commissaire du pouvoir exécutif. Ceux qui occupent ces emplois, dit il, ne connaissent ni les localités, ni les personnes, ni leurs mœurs, ni leurs opinions. Ils trompent et les législateurs et les administrateurs parce qu'ils sont trompés eux-mêmes et il en résulte des désordres, des gaspillages, un manque de services qui ne peut tourner qu'à la perte de la chose publique. Sans doute il ne remplit pas les conditions fixées par un récent décret pour obtenir ces postes mais lui qui a été officier de cavalerie, secrétaire d'intendance et sub-délégué est très capable

de les remplir. En fait il les a déjà exercées.

 

 

 

 

 

        Juillet 1942 GEORGES SADOUL ÉCRIT A JEAN Sadoul DE L’ESTRECHURE :

      Mon cher Jean nous venons Paulot et moi d’une promenade à pied dans la région de l’Aigoual et de retourner

au  berceau  des Sadoul. Voici pour les archives familiales de l’aîné de la branche aînée les indications recueillies, fournies

pour la plupart par Gilbert Manen actuellement pasteur suffragant a Ales et dont la famille est restée dans le pays.G Manen

a eu vers 1750 une grand mère paternelle Sadoul. La famille Manen possédait des archives vraisemblablement détruites

et pillées en 1940-41 à Versailles

en 1673 un Joseph  Sadoul père de deux fils quittait St martin de Corconac Gard pour s’établir à Strasbourg comme

marchand  de drap.Il était protestant. Pour son départ il vendit sa maison  située a St Martin de Corconac ( actuellement

commune de l’Estrechure et l’acte de vente fut conservé jusqu'à la guerre par les Manen  .On pourrait sans doute en retrouver des traces dans les archives de la commune de l’Estrechure. Ce Joseph Sadoul était protestant et quittait

peut être le pays pour échapper aux persécutions qui préludaient à la révocation de l’édit de Nantes( 1685). En tout cas

les protestants qui quittèrent la région cévenole pou émigrer en Alsace ou en lorraine furent très nombreux à cette époque,

et leurs descendants reviennent en groupe au pèlerinage du « musée du décret » qui a lieu chaque année au début de

 septembre .En tout cas le premier Sadoul dont ai été retrouvé la trace en Alsace est prénommé Fulcran . Le premier pasteur

supplicié après la révocation s’appelait Fulcran Rey exécuté a Nîmes en 1686. Le nom de Fulcran fréquent au XVIIéme

dans la région gardoise s’orthographie aussi Fulcarand . Les armes des Sadoul quasi semblables à celle des Manen

 

Ta chambre te convient-elle Paulot repart demain en zone interdite. Nos hommage ta mère, bien à toi

 

Georges Sadoul, Paulot Gilbert Manen

 

 

 

Relation d’un voyage  de Jean Sadoul A L’ ESTRECHURE Août 1962

 

           Il s’agit d’une lettre à Malon

              

              Ma chère Malon,                                  L’ Esperon 13 Août 1962

je descend de l’ Aigoual où je suis allé voir le lever du soleil ; de cet horizon célèbre parce qu’il réunit les Pyrénées

 la Méditerranée   et les alpes sans  du point culminant du Massif Central le Sancy je n’ai vu que la neige et le Ventoux

 .sans négliger le Mt Lozère…Les Causses et les abîmes que domine  le sommet restent saisissant de grandeurs

Au belvédère il y a toujours le Monsieur parfaitement informé pour expliquer que la semaine dernière la vue était

 complète.. l’espace de ces chaumes est assez vaste  pour qu’une fois le soleil levé on puisse jouir dans une solitude

 intégrale de cette vue immense, du grand air qui vous frappe de sa masse. Étendu sur un herbe lourde, épaisse, plus

 moelleuse qu’un tapis d’orient sans autre écho que le chant des rares oiseaux égarés  dans ces espaces Nul bruit

humain ne monte de ces vallées sauvages , certains versants noirs de sapins, d’autre décharnés le roc à vif cet après midi nous sommes passé à l’ Estrechure en fête, la grande rue pleine de fille et garçons ; cette vitalité contraste avec

la pauvreté du paysage aussi beau qu’indigent

    Point n’est besoin de chercher de grandes causes historiques au départ de Fulcran ; sinon simplement le désir de ne point végéter comme le témoigne l’unique descendant resté fidèle à son terroir. Au bureau de tabac de l’ Estrechure

il m’a été aussitôt indiqué comme le seul Sadoul du pays mais authentique à l’égal d’une appellation contrôlée  ce qui

m’a été   confirmé par un indigène un peu  avant Saumane ‘ il n’y a plus  de Sadoul à l’ Estrechure  il en reste un a

 Saumane , rempailleur et boiteux.

   Effectivement nous l’avons trouvé devant la porte de la maison Sadoul bâtie avec les pierre de schiste du pays.

le tricycle qui lui permet de se déplacer au bas de quelques marches. Il était assis là entre les beaux hortensias,

contrôlant le trafic de la route entre sa femme et sa sœur qui fut de loin la plus loquace

    Je lui doit tout les renseignements que je vous communique.

    Je pense que ces régions n’ont guère été bouleversées depuis les dragonnades, qu’il y a tout lieu de croire que

Fulcran  était Catholique, comme les Sadoul qui sont restés…

on pourrait tenter des recherches, soit dans les registres paroissiaux ou dans les mairies avoisinantes.. peut être le

 concours de l’archiviste départemental serait–il-utile ?

   De nous tous , Georges semble être le moins astreint à une occupation exigeant la fixité.

Voulez vous lui en parler et lui reprocher gentiment de n’avoir pas poussé la grille de Wœrth , il aurait vu Maguy .

   Voilà une minime contribution à la recherche de nos origines. Nous repartons tout à l’heure à travers les Causses

brûlés de soleil, sous un ciel éclatant pour nous baigner dans la fournaise Quercynoise.

    Toujours très fidèlement

      Jean Sadoul

 

PS –j’envoie une carte postale à Georges et à Paulot mais je me charge de transmettre le détail des renseignements

je ne fais pas de ré-édition.

 

Note de Paulot sur cette lettre :

Sur les origines Cévenoles des Sadoul : Pour moi pas certain que ce soit de notre famille le nom est très courant

dans les Cévennes. Je tiens pour l’origine protestante Fulcran est le nom d’un martyr calviniste brûlé à Nîmes

Ales au début du XVIIéme siècle. Je l’écris à Jean Sadoul c 1er octobre 1962

 

Jean Sadoul fait fi d’une tradition familiale assez vague il est vrai selon laquelle nos ancêtres étaient protestants !!??

P Sadoul Décembre1993