JEAN BAPTISTE SADOUL Par Jean Sadoul en 1980

ndwebmestre : une autre biographie, rédigée par Louis Sadoul se trouve dans les Chroniques de la famille Sadoul

Né le 30 janvier 1732 à Strasbourg. En 1742, il provoque un incident à la table familiale : il se tient les bras en croix et pour justifier sa position dit à son père

"C'est ainsi que le Christ est mort", "et flagellé" réplique son père Claude en lui allongeant deux soufflets.

Entre 1749 et 1752, de 17 à 20 ans il est étudiant en philosophie et en droit à l'université de Strasbourg.

En 1753 il est premier Secrétaire à l'ambassade de France à Varsovie.

Il appartient à la diplomatie secrète de Louis XV appelée le secret du Roi, et dirigée par le comte de Broglie. Sous le titre "un descendant de Broglie ", un livre très intéressant sur ce sujet a été publié par un membre de cette famille. Au ministère des affaires étrangères on trouve trace de Jean Baptiste Sadoul dans une lettre chiffrée du 18 décembre 1756 envoyée par monsieur Durand, ambassadeur de France en Pologne de 1754 à 1756 : "monsieur Sadoul est arrivé le 15. Il a eu beaucoup à souffrir de sa route, ce qu'il est bon que monsieur de l'Hôpital n'ignore pas pour éviter de s'engager dans les montagnes de Hongrie. ". Le président Sadoul suppose qu'il s'agit des Carpates...à moins que ce ne soit le nord de la chaîne des Alpes.

Le comte de Broglie succéda à monsieur Durand en 1756. L'actuel comte de Broglie a des archives personnelles sur "le secret du Roi", il se pourrait qu'on y trouve des renseignements sur J.B. Sadoul. Charles Sadoul avait commencé à se mettre en rapport avec un duc de Broglie par l'intermédiaire du comte d'Alsace, sénateur des Vosges Il a abandonné ces recherches.

En 1757, âgé de 25 ans, Louis XV lui demande de rejoindre le comte de Broglie comme aide de camp. ll participe aux premières batailles de la malheureuse guerre de 7 ans. Il obtient un brevet de cornette en 1758 dans le régiment des carabiniers de Monsieur, corps aristocratique, dans la brigade de Saint André. Il a 26 ans.

L'armée française, commandée par le comte de Clermont fut battue à Crefeld : les carabiniers chargèrent. Leur chef le comte de Gisors fut tué ainsi que 13 officiers, 43 autres furent blessés. Le régiment des carabiniers avait une organisation particulière . Chacune de ses cinq brigades, comprenant deux escadrons, était commandée par un officier général. Créé le 1er novembre 1693, le régiment des carabiniers avait été commandé jusqu'au 10 octobre 1755 par le duc de Dombres, fils du duc du Maine, petit fils de Louis XIV et de madame de Montespan. Le 13 mars 1758 Louis XV nomma maitre de camp des carabiniers son propre petit fils, le comte de Provence, futur Charles X ,alors âgé d'un an.

Jean Baptiste Sadoul cantonne pendant l'hiver à Francfort sur le Main. ll y fait la connaissance de Marie Thérèse Paule Brentano, fille d'une opulente famille de banquiers originaires de la région de Côme. Il l'épouse le 23 janvier 1759. Il n'a pas encore 27 ans. La mariée, née le 15 octobre 1728 avait 31 ans et lui donna 16 enfants dont huit vivaient en1792.

Il décide de s'établir honnêtement et solidement. Il quitte l'armée et s'installe à Strasbourg. Le voilà à 28 ans en 1760, juge de la Connétablie et directeur du bureau contentieux et forestier de l'Intendance d'Alsace.

En 1765 et 1766, à l'âge de 33 et 34 ans il est élu comme son père, Claude, Sénateur au grand sénat de Strasbourg, par la tribu des Fribourgeois. ll est secrétaire de l'Intendance d'Alsace et assesseur de la Maréchaussée. C'est en 1768, à 36 ans, qu'il achète l'office de Juge dans les bailliages de Seltz, Hagenbach et Guttemberg, appartenant au duc de Deux-Ponts. ll les paya 49.500 livres. Comme il a été dit plus haut, l'Alsace était divisée en un très grand nombre de souverainetés diverses qui durèrent jusqu'au début de la révolution.

En 1770 la subdélégation de l'Alsace à Wissembourg s'ajoute à ses activités et il s'installe dans cette ville. Jean Baptiste Sadoul est riche, très riche même. Jusqu'en 1789, avec ses offices, il jouit d'un revenu de 12.000 livres auxquelles s'ajoutent les intérêts que lui apportent la dot de sa femme, c'est à dire 7.500 livres. ll faudrait encore ajouter 2.000 livres qu'il persista à recevoir de la cassette royale pour ses services en Pologne. C'est peut être en 1768 que Louis XV fit proposer .à Jean-Baptiste deux missions secrètes en Angleterre, l'une pour retirer des mains du chevalier d'Éon une correspondance compromettante, l'autre pour faire taire un auteur de libelles qui salissaient la Du Barry. D'après les papiers laissés par Jean Baptiste, il les a refusées et il semble que ce soit Beaumarchais qui l'ait remplacé. Il déclare avec modestie que ce dernier s'en est tiré beaucoup mieux que lui n'aurait pu le faire. Mais il précise aussitôt que son refus l'avait privé de la rente annuelle payée sur la cassette personnelle de son souverain... et de sa protection. cette dernière assertion n'est nullement confirmée par les faits.

18 ans plus tard, le 27 septembre 1786, sa femme meurt à Wissembourg. Jean Baptiste avait 54. ans.

Deux ans plus tard, le 23 octobre 1788 il se remarie à Sélestat avec Antoinette Claire Françoise Mourch, âgée de 29 ans. Le père de la deuxième madame Sadoul était ancien médecin du roi et chirurgien major à Sélestat. Au terme du contrat de mariage reçu par le notaire Rumpler chacun des époux conservera ses biens propres dont l'inventaire sera fait. Les apports ne sont pas indiqués. Aussitôt après la mort de sa première femme, Jean Baptiste avait résolu de céder sa charge de Grand Bailli à son fils, Jean Louis Martin (Louis de son prénom habituel). Les 13 décembre 1786 et 4 janvier 1787 le comte Palatin du Rhin et son frère le prince Palatin de Deux-Ponts  confirment cette transmission avec charges, avantages et prérogatives. Le 8 février 1787 la cour souveraine d'Alsace entérine la nomination du nouveau bailli, Jean Louis Martin Sadoul.

Voilà donc à la veille de la révolution Jean Baptiste terminant une carrière brillante:ses fonctions lui permettaient d'accéder à la noblesse de robe, sa personnalité déborde largement le cadre local, il jouit d'une très large aisance, bref il est le type même du privilégié.

En transmettant la plus importante de ses charges à son fils il en fait, comme lui, un privilégié.

En 1788 il se retire avec sa seconde femme à Sélestat. Un an à peine s'écoule : une première loi, celle du 3 novembre 1789, arrête l'activité des anciens corps judiciaires. Une deuxième celle du 16 août 1790, les supprime et décide que les magistrats seront élus par le peuple et installés au nom de la nation.

En 1790, il rendit compte à ses enfants, dont plusieurs étaient encore mineurs, de la succession de leur mère. Les biens de cette dernière étaient déjà entamés. Par délicatesse, dit il, en décembre 1790, il abandonne toute la fortune à ses enfants qui, en reconnaissance, s'engagent à lui verser une pension modique mais suffisante. Mais la chute des assignats ne tarde pas à l'anéantir ainsi que l'indemnité touchée lors de la suppression de ses charges. Le voilà, comme son père Claude, ruiné. Mais lui, ce sont des évènements considérables qui le dépassent et menacent sa vie et sa liberté, qui en sont la cause. Un ancien vicaire général défroqué du cardinal de Rohan, Euloge Schneider le poursuit. Jean Baptiste, tel Diogène va vivre le jour dans un tonneau, enfoui sous des fagots dont il ne sort que la nuit. C'est la sœur cadette de sa belle file Marianne (1768-184) qui lui apportait sa nourriture avec les précautions que l'on imagine, Marguerite Françoise Spitz était née le 13 novembre 1771 à Epfig(?).

Elle épousera le docteur Noël qui devint doyen de la faculté de médecine de Strasbourg où il mourut le 29 juin 1809. Elle même ne mourut que le 2 mai 1860, âgée de 89 ans. Elle avait une personnalité aussi originale que généreuse. Elle manifesta une affection particulière pour son neveu Victor Sadoul (1811-1891), le dernier fils de Jean Louis Martin, auteur de la branche lorraine. Elle lui raconta un jour qu'un voisin de diligence lui avait pincé le mollet, et le neveu de répondre : ’il devait faire bien nuit ma tante’. Les miniatures qu'elle a laissées ne contredisent pas ce jugement.

Des amis finiront par faire savoir à Jean Baptiste que son ennemi Euloge Schneider a cessé d'être dangereux. Robespierre l'a convoqué à Paris pour lui faire rendre compte de ses exactions et l'a guillotiné. De toutes façons cet évènement capital de la vie de Jean Baptiste a probablement précédé la fin du dictateur qui eut lieu le 27 juillet 1794, sans que nous possédions d'autres précisions.

Pour le rassurer, des amis lui envoyèrent deux gendarmes lui annoncer la mort de Robespierre. Dans sa joie, Marguerite Françoise Spitz dont la sévère économie sera bien connue de toute la famille n'hésite pas a généreusement doter chacun des émissaires d'une bonne bouteille. Cet épisode a été noté dans les mémoires du docteur Louis Sadoul, à la suite d'une tradition familiale.

Nous ignorons à quelle date Jean Baptiste adressa à la Convention une supplique courte mais pathétique et fort habile.Il commence en disant : " Du pain, du pain pour un père de famille qui a eu 18 enfants et à qui il en reste 8. Du pain pour un citoyen qui, depuis 40 ans, sert sa Patrie ". Puis il résume sa vie passée et sollicite un emploi qu'il justifie grâce à l'expérience qu'il a acquise au cours d'une existence consacrée au service de la nation. Il expose que la suppression de sa charge, la perte sur les assignats, l'ont mis dans la plus grande détresse et qu'il est au moment d'être poursuivi et peut être emprisonné par ses créanciers (la prison pour dettes civiles existait toujours). Il a fait, continue t’il ces sacrifices sans murmurer. Il avait appris que les révolutions ne se faisaient point avec du sucre. Constamment attaché à sa Patrie, il n'a écouté que la loi. Il lui a obéi et là ou elle manquait, son patriotisme lui a servi de guide. Il l'a empêché d'errer. Ces services, ces sacrifices, les moyens qui lui restent, peuvent être utiles à sa Patrie, doivent lui assurer du pain et il veut le mériter par son application, son zèle et son travail. Jean Baptiste conclut en demandant à être nommé commissaire des guerres ou commissaire du pouvoir exécutif. Ceux qui occupent ces emplois, dit il, ne connaissent ni les localités, ni les personnes, ni leurs mœurs, ni leurs opinions. Ils trompent, et les législateurs et les administrateurs parce qu'ils sont trompés eux-mêmes et il en résulte des désordres, des gaspillages, un manque de services qui ne peut tourner qu'à la perte de la chose publique. Sans doute il ne remplit pas les conditions fixées par un récent décret pour obtenir ces postes mais lui qui a été officier de cavalerie, secrétaire d'intendance et sub-délégué est très capable de les remplir. En fait il les a déjà exercées.