Tiré du dictionnaire des hommes célèbres vosgiens d'Albert Ronsin.

La dynastie Sadoul pas à pas

Située rue Jules Ferry, la maison reste une fort belle demeure. Une plaque de marbre apposée à l'entrée indique aux promeneurs que c'est là qu'est né Charles Sadoul en 1872. Mais ce nom est à lui seul une dynastie. Que de prénoms ont rayonné et rayonnent encore sur toute la Lorraine et au-delà. A travers cet arbre généalogique, la grande histoire se dessine.

Marie Lucien Sadoul, né à Raon le 18 août 1845 est mort à Nancy en octobre 1905. Après une carrière de magistrat, il est devenu premier président de la Cour d'appel. Il était le petit-fils de Louis Sadoul né à Strasbourg en 1762 qui fut sous-préfet et président du tribunal de Sélestat jusqu'en 1842. Marie Lucien Sadoul est l'oncle de Louis et de Charles Sadoul.

Louis, né à Raon en 1870, est mort à Nancy le 27 mars 1937. Il a effectué ses études au lycée et à la faculté de droit de Nancy où il a préparé une thèse sur le secret professionnel en 1894. Devenu magistrat, il fait carrière à Bar-le-Duc et à Sedan. Louis, est profondément attaché à sa ville natale et à la Lorraine.

En 1930, auprès de son frère Charles, il écrit dans la revue «Au Pays Lorrain». C'est à lui que nous devons le livre relatant l'histoire de Raon, de ses origines à 1918, publié en 1934 sous le titre « Une petite ville vosgienne, Raon l'Étape».

Sous le pseudonyme Jean de Raon, il signe nombreux articles dans le « Pays Lorrain ». Il fut décoré de la Légion d'honneur en 1927. Il est inhumé au cimetière de Raon.

Charles est né en 1872. Après des études secondaires à Nancy, il aborde les études de droit à Nancy et obtient son doctorat. Passionné par la vie des gens de la campagne, il recueille les usages, les traditions, les chansons, les récits puis les objets du folklore régionaliste.

En 1904, il crée le « Pays Lorrain » revue régionale bi­mensuelle à laquelle collaborent écrivains, artistes, historiens, ethnographes. Deux ans plus tard, la revue Lorraine illustrée fait son apparition.

En décembre 1910, il est nommé conservateur du musée Lorrain et y développe l'art et les traditions populaires.

Il a accompli un travail important et fastidieux, très apprécié des érudits. En établissant les tables des grands périodiques lorrains publiées par l'Académie de Stanislas à Nancy. Il a aussi composé un recueil sur le mobilier lorrain dans la collection «L'Art régional en France ». Dans sa vaste demeure familiale de Raon, Charles avait rassemblé mobilier, faïences, livres lorrains. Hélas, la plus grande partie de ces richesses a disparu en 1944 dans un incendie accidentel provoqué par les troupes américaines. Les livres sauvés sont exposés à la bibliothèque de Saint Dié.

Charles Sadoul a participé activement à la vie politique de Raon et son canton dont il fut conseiller général, de 1919 jusqu'à sa mort à Nancy le 1er décembre 1930. Il a fondé et présidé un comité cantonal d'hygiène sociale doté en 1923 d'un dispensaire.

Dès 1920, s'appuyant sur le comité américain des régions libérées, il fait ouvrir une consultation des nourrissons. Membre de la plupart des sociétés savantes de Lorraine. et de divers organismes culturels, il reçut des mains du maréchal Lyautey, la Légion d'honneur le 27 mars 1930.

Il a été inhumé à Raon le 17 décembre 1930. Il était père de cinq enfants dont Georges Sadoul.

Georges le cinéphile

Avec lui, la dynastie s'étend au-delà de la Lorraine. Né à Nancy en 1904, il est mort le 23 octobre 1967. Il était l'ami intime d'Aragon, il s'inscrit au parti communiste, devient journaliste et écrit dans plusieurs périodiques inspirés de ce parti.

Georges Sadoul se spécialise rapidement dans le domaine du cinéma. Il est un critique apprécié qui tient la rubrique cinéma des lettres françaises, après 1945 et écrit dans «L'écran français».Il est nommé professeur à l'institut des hautes études cinématographiques et est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages sur le cinéma.

Bien que né à Nancy, il se sent profondément vosgien. revient fréquemment pour écrire ses livres dans la maison familiale raonnaise où se trouve sa bibliothèque. A Raon, une rue porte le nom de son grand-père Adrien, elle est proche de la maison familiale qui berça les jeunes années de toute la dynastie.

Le hasard de l'histoire veut que la maison se situe rue Jules Ferry, nom du député élu à Saint-Dié qui fut soutenu par les Raonnais entraînés par la famille Sadoul.